mis en ligne le 27juillet 2004 ________ mise à jour le 31/08/2004
 
 




Ce que peut raisonnablement
savoir sur la démocratie athénienne
du IV s. un O.S. des horribles
ploutocraties du XXI s.


 
 
 
 

« Un énorme dialogue d'une richesse extraordinaire où l'on se demande ce que c'est que savoir et qui se termine par l'aveu : pour l'instant, on ne sait pas! On se retrouvera demain. Il faut tout de même le faire. Ce n'est pas les modernes qui feraient les choses comme ça ! Quand ils le font, c'est un peu pourri ». Castoriadis semble avoir tiré la substantifique moelle de la sagesse socratique. Il me facilite la tâche. Que peut apporter un dilettante de mon espèce au lecteur avide de connaissance si ce n'est que de partager son ignorance et éventuellement d'essayer de le rallier à des points de vues d'une scientificité douteuse. Mais pourquoi choisir la Grèce alors que les sites sur la pêche de l'épinoche dans les torrents alpins font cruellement défaut. La réponse est fort simple, question de goût. L'histoire de la Grèce est surdéterminée par les polémiques contemporaines, car elle représente si ce n'est la matrice, la référence par excellence pour les sociétés occidentales. J'en ferais ici un récit heurté au gré de mon humeur. Et l'occasion fait le larron, les quotidiens fournissent leur lot d'informations sur les antiques hellènes, c'est Patrick Declerck qui s'y colle pour Libération pour ce mois d'août 2004, au programme, Socrate et démocratie : «Peut-être ces démocrates ont-ils cependant tué par inadvertance un des leurs, car il perce sous le masque de Socrate, au-delà de son mépris aristocratique, quelque chose d'une insolence nihiliste qui annonce les prétentions de nos petites gens d'aujourd'hui. Après tout si les experts n'existent pas, un avis en vaut bien un autreŠ et si tout peut être discuté par n'importe qui, dans la nuit du néant indifférencié, le talk-show devient enfin possibleŠ». C'est un spécialiste qui s'exprime, un psychanalyste. Le Socrate de Platon qui n'a de cesse de combattre les sophistes, pourrait être surpris que le métier de notre spécialiste consiste à écouter une personne allongée sur un divan contre rémunération, alors que les sophistes étaient payés pour qu'on les écoute. « Est-ce qu'un sophiste, Hippocrate, n'est pas une sorte de marchand et trafiquant dont l'âme se nourrit? Il me paraît que c'est quelque chose comme cela ». Cette description se rapproche plus certainement du psychanalyste. Bien sûr que Socrate taille un short à certains "spécialistes", dont l'ancien portefaix Protagoras constitue l'exemple type, et c'est dans ce dialogue que Socrate est le plus clair concernant la question qui occupe monsieur Declerck : « Je suis persuadé, avec tous les autres Grecs que les Athéniens sont sages; or je vois que, dans nos assemblées publiques, s'il s'agit de délibérer sur une construction, on fait venir les architectes pour construire des vaisseaux, on fait venir les constructeurs de navires et de même pour tout ce qu'on tient susceptible d'être appris et enseigné; mais si quelque autre se mêle de donner des conseils, sans être du métier, si beau, si riche qu'il soit, il n'en reçoit pas pour cela meilleur accueil; au contraire on le raille et on le siffle, ce donneur d'avis, jusqu'à ce qu'il se retire de lui-même sous les huées ou que les archers l'entraînent et l'enlèvent sous l'ordre des prytanes : voilà comment les Athéniens se comportent dans ce qui leur paraît toucher au métier ». Autant dire que Socrate annonce le talk-show que de très loin, dans le Protagoras il essaye de mettre fin au bavardage du sophiste, mais on est à Athènes où les dialogues ne sont pas laconiques. Notre hardi psychanalyste, fort de son titre, nous dévoile une de ses découvertes : l'analité de Socrate. Nous n'étions pas au courant, maintenant nous le sommes, merci Freud et Declerck, heu, surtout Declerck. Voilà Socrate gentiment roulé dans la merde par un expert du pipi-caca. Socrate en prend note et à travers les millénaires une voix semble parvenir à mes oreilles en direct de l'Agora : « hé! Declerck, spécialiste de mon cul ! »

 


Cécrops, un roi d'Athènes suivant la mythologie, fils de la Terre-Mère, moitié homme moitié serpent et le premier homme roi à avoir reconnu la descendance par le père , celui-ci n'est autre que Érechtée, fils de la glèbe féconde, autre roi d'Athènes. Marcel Détienne s'en tient à une découverte faite en 1967 par un jeune papyrologue anglais dans les archives de la Sorbonne d'une pièce attribuée à Euripide : Érechtée. Dans ce récit Érechtée n'a pas de fils. Les multiples récits mythologique qui parsèment l'Antiquité nous offre une large gamme de choix. Mais que soit Cécrops ou Érechtée, une chose semble certaine, les athéniens se considéraient comme autochtones. Dans ses Enquêtes, Hérodote en parlant des peuples grecs indique et « l'un d'eux (les Athéniens), jusqu'à nos jours n'a pas changé de place », contrairement aux Lacédémoniens, « le peuple Athénien étant pélasges, dut, en même temps qu'il se transformait en Grecs, apprendre une langue nouvelle » . Quand je dis Hérodote, je n'en connaîts que les traductions de Larcher (1850) et de Ph.-E. Legrand (1962) et celles-ci s'accordent sur le sens de ce passage. Aveuglé par sa rage jubilatoire de déconstruction du mythe de l'autochtonie des Athéniens, le très mondialiste Marcel Détienne affirme que « Curieusement, l'Halicarnassien (Hérodote) ne fait nulle part la plus petite allusion à la fameuse autochtonie athénienne, ni à une mythologie du Premier-Né de la terre (athénienne) » .Encore plus curieusement Marcel Détienne ne fait la moindre référence au passage d'Hérodote cité ci-dessus. Les Pélasges, « race fossile  »  comme disait Michelet, peuple auquel il attribue les enceintes de Tirynte ne sont autres que ce que nous appelons aujourd'hui les Mycénéens. Sir Arthur Evans à qui l'on doit la découverte de la civilisation Minoenne en1900 pensait que les tablettes d'écriture en linéaire B trouvées à Pylos, site du Péloponnèse n'avait rien en commun avec le grec en accord non seulement avec lui-même et ses théories mais aussi avec Hérodote. En 1953, Michael Ventris dut se résoudre à considérer le minoen comme relevant de la langue grecque et ceci malgré son parti pris de jeunesse pour les hypothèses de Evans . Le linéaire B serait la langue de la guerre de Troie relatée dans l'Iliade. C'est une langue antérieure aux invasions de la Grèce par les tribus balkaniques, ces tablettes ont été conservées grâce l'action vigoureuse des Doriens ont su cuire ces tablettes d'argile en incendiant les palais mycéniens entre XV et le XII millénaire avant Jésus-Christ.. Pour Hérodote (V ème siècle avant notre ère), on retrouve une vingtaine de fragments de papyrus à partir du Ier siècle de notre ère, tandis que les premiers manuscrits de ses úuvres complètes sont du X ème siècle. Et je ne sais si l'on a retrouvé un morceau de papyrus épargné par la critique rongeuse des souris de Clio après 1962 qui éclaire le texte de l'Halicarnasssien sous un autre jour ou  si monsieur Legrand s'est lourdement trompé dans sa traduction. Une autre solution serait qu'un commando de "Touche pas à mon pote!" aie pris en otage la famille de Marcel Détienne, contraignant celui-ci à une interprétation partisane d'Hérodote. La quatrième solution est que je n'ai rien compris, mais pour les besoins du site, j'écarte cette hypothèse pour le moment. On trouve des murs « pélargiques » à Athènes, autant dire que les pélasges étaient des Achéens venus vers le II millénaire av. J.C. Pour ce qui est des origines du royaume d'Athènes il faudra se contenter des mythes, sortes d'échos lointains des luttes entre les différentes populations qui sont passées par l'Attique que se sont transmis quelques générations d'aèdes. L'impression générale que laissent les découvertes du siècle dernier est la suivante : le passé est dans l'avenir.

 

 

Pour retourner au menu principal : cliquer ici.